les recos du mois de mars, en avril, parce que qui me peut ?

Ca y est, c’est le printemps : enfin ! Saison idéale en tout point, mais surtout pour faire éclore cette nouvelle chronique, « les recos du mois », aux ambitions hebdomadaires. Soyons réalistes deux minutes : elle finira certainement par se transformer en irrégulomadaire au fur et à mesure de ma grossesse (pour reprendre la formule de La Hulotte) mais pour l’heure, je savoure cette énergie nouvelle et avec elle, l’envie de faire de nouvelles trouvailles. Je vais donc les présenter ici histoire de m’en souvenir mais aussi d’y réfléchir par écrit, avec le recul nécessaire à leur appréciation complète : voir ce qu’il m’en reste, ce que je garde, ce que je laisse…

trois fois la colère

Une fiction de Laurine Roux, aux éditions du Sonneur. Je ne connaissais ni l’une ni l’autre mais je reviendrai leur rendre visite avec grand plaisir.

D’abord parce que j’ai été surprise, et que j’aime cette sensation. Choisir un livre sur lequel je n’ai rien lu ou en entendu, complètement par hasard et l’aimer presqu’immédiatement, ça a pour moi une saveur toute particulière. Qui me renvoie à l’enfance je pense : je recevais chaque mois un livre de France Loisirs il me semble, directement à l’école primaire. La maîtresse me prévenait qu’il était arrivé et je découvrais une histoire complètement nouvelle et inattendue. Un bonbon donc. Plus récemment, la découverte de ma médiathèque de quartier et des recommandations toutes plus chouettes les unes que les autres me permettent aussi de ressentir ça : un livre sans attente aucune : dont aucun booktuber ne parle, qui n’est pas en tête de gondole de chaque librairie et qui n’est pas affublé du fameux bandeau rouge qui nous explique, de manière presqu’autoritaire et avant même qu’on l’ai ouvert, qu’on a entre les mains le chef d’œuvre de l’année.

Mais revenons à nos moutons : trois fois la colère donc. Sans majuscule, je note. Une fiction médiévale. Donc sur le papier, rien qui n’était susceptible de m’emballer des masses si ce n’est que les thèmes abordés sont d’une modernité troublante : comment vivre en paix lorsqu’on ne fait pas partie des puissants ? comment rendre justice quand la justice est contre soi ou que sa vie et celle de sa famille se voient bouleversées par un petit despote (petit, oui, car j’imagine Hugon sous les mêmes traits qu’un Lord Farquaad) ?

Le récit commence par la violence de la vengeance de Miou qui s’abat sur son grand-père Hugon. Pour la comprendre, on remonte le temps pour découvrir l’histoire de sa grand-mère et de sa mère : Gala et Reine de Bure. Une lignée de femmes puissantes, sauvages et indépendantes. Gala, qui commence sa vie dans une forêt profonde, à l’écart de l’agitation du reste du monde et aux côtés de son père Joseph, a le malheur de croiser la route d’Hugon qui, on le comprend, la viole. De ce viol naissent des triplés : Reine, Ephraïm et Mange-Ciel (d’où le titre).

L’histoire prend place dans les Alpes médiévales, aux frontières avec la Suisse et l’Italie, donc vraisemblablement en Savoie, région qui me tient à cœur. La nature et plus particulièrement la forêt et la montagne y font presqu’office de personnages à part entière et je me suis délectée de la puissance des mots choisis par l’autrice pour les décrire.

Très bien écrit donc, avec un style puissant et cru. Le rythme de l’histoire est soutenu par de nombreux rebondissements, si bien qu’on a absolument pas le temps de s’y ennuyer et qu’on en arriverait presque à souhaiter un peu de répit pour certains personnages auxquels on s’attache très facilement (sauf Hugon, il va sans dire).

Ce livre va donc de ce pas rejoindre une autre histoire de colère découverte en début d’année : Colère du vivant (dont je parlerai à une autre occasion) et devient un de mes livres préférés de l’année (et ce malgré l’absence de bandeau rouge).

Aimer sans posséder

Le tant attendu essai de Sabine Valens aux éditions Textuel à qui je suis bien reconnaissante d’avoir décidé de publier cette femme. J’ai suivi son travail pendant plusieurs années via Instagram avant de quitter la plateforme, sans remord, si ce n’est celui de ne plus pouvoir la lire. Et puis un jour, j’emprunte le compte de quelqu’un et je vais jeter un oeil à son actu. Quelle ne fut pas ma surprise quand je lu qu’elle avait sorti un bouquin ! Je cours me le procurer de ce pas et je recommande depuis à tout ceux qui veulent bien l’entendre de faire de même.

L’autrice cite à plusieurs reprises une autre référence française sur le sujet qui tient un de mes blogs préférés : les fesses de la crémières

Un essai qui regroupe donc la substantifique moelle de ce qu’elle m’a fait découvrir via son compte (@fidélitémesfesses) mais qui lui permet également de tirer le fil de sa pensée sur un format long.

Bien documenté : par plusieurs années de recherches mais également par son expérience personnelle : bon dosage entre les deux sur ce point, et ça compte.

Elle y parle de fidélité, de monogamie, d’amour, de souveraineté sexuelle, notion phare de l’autrice, de désir, de violence, d’ordre moral et on s’arrête également sur le fait que ces questions représentent à la fois un tabou des luttes féministes passées et actuelles, un « terrain de lutte oublié »

Audacieux donc, intelligent, nécessaire

Une citation : « Le monde ne tournerait-il pas mieux si on […] faisait plus de place [à l’amour] ? »

Ouvrage qui rejoint pour moi quelques classiques du genre : the Ethical Slut, ou the Anxious Person’s Guide to Non-Monogamy – sauf qu’ici, c’est Cocorico, et ça, ça fait plaisir.

Un concert : Betrand Belin, le 21 mars. Soirée incroyable, salle comble, 1200 personnes qui ont chanté Oiseau ensemble. Me suis sentie terrienne. C’est tout.


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